Comment observer un oiseau ?

Bien observer pour bien progresser

 

  D'après Guide de l'ornithologue et du birdwatcheur, Dubois & Duquet, éditions Sang de la terre (1996), illustrations de S. Nicolle & A. Nouailhat, repris dans un article d'Alain Le Dreff paru dans le Harpia 3-4 disponible ici.

 

Combien de fois avons nous été confrontés au problème suivant : je découvre une espèce que je ne connais pas, je l'observe bien (couleur des plumes, forme du bec, longueur des pattes, etc.) et devant mon guide, je découvre horrifié qu'il fallait aussi regarder la longueur des ailes !
 Voilà présentés quelques éléments de base pour une bonne observation et une bonne détermination.

 

La topographie

La connaissance précise des différentes parties d'un oiseau est un élément indispensable pour progresser dans le domaine de l'identification.
Les guides se réfèrent souvent à une terminologie précise et il est important pour l'ornithologue de savoir s'y référer au premier coup d'oeil.
Entrainez-vous sur des oiseaux que vous connaissez bien et découvrez progressivement ce qu'est un manteau, une rémige, une sous-caudale.

Topographie générale
Topographie alaire

La coloration et les caractéristiques visuelles

Nous avons la chance de pratiquer l'ornithologie dans un pays où les couleurs des oiseaux sont parmi les plus brillantes du monde avien. Si le rôle de ces colorations n'est certes pas de satisfaire nos aspirations esthétiques, sachons toutefois utiliser leur diversité pour identifier les espèces.
Chaque plumage (mais aussi coloration du bec et des pattes) comporte de bons indices pour l'identification de l'oiseau. Ce sont ces "traits de terrain" que l'observateur doit chercher à voir : le contraste entre le dos et la tête, les raies des flancs, les couleurs dominantes, etc.
Ils peuvent être très voyants comme la couleur du Coq-de-roche orange ou plus subtils comme les différences de couleurs de la gorge du Tyran de Pelzeln et du Tyran quiquivi. De même, les parties déplumées (bec et pattes) doivent être correctement observées pour livrer leurs couleurs : les pattes jaunes du Bécasseau minuscule sont un bon indice pour le distinguer d'un Bécasseau semipalmé (attention à la vase qui assombrie parfois les pattes des limicoles) ; les pieds jaunes d'un héron blanc trahissent une Aigrette neigeuse.
Des couleurs alaires dévoilées uniquement en vol peuvent également éviter toute confusion : le Pluvier argenté révèle en vol des aisselles noires très marquées et inexistantes chez son cousin le Pluvier dominicain.
Si certains oiseaux se reconnaissent à leurs seules couleurs, au sein de certaines familles l'identification demeure difficile. On doit alors faire appel aux caractéristiques visuelles de chacun d'eux :
  - Taches ou abscence de taches sur la poitrine.
  - Motif de la queue (bon critère d'identification pour certains rapaces comme la Buse à queue courte et la Buse à queue blanche).
  - Marque sur le croupion (bien utile pour les limicoles comme chez le Bécasseau de Bonaparte et le Bécasseau de Baird).
  - Sourcil et cercle orbital (viréo).
  - Barres alaires : les ailes présentent-elles ou non des barres ? (leur présence ou leur abscence est importante pour identifier les petits tyrans).

 

La taille

La taille des oiseaux est très variable, depuis le colibri dont le poids n'excède pas quelques grammes jusqu'à la Harpie féroce qui pèse plusieurs kilogrammes. Si ces deux espèces ne peuvent être confondues, l'estimation de la taille devient une véritable clé de détermination pour de nombreuses autres espèces.

QUELQUES QUESTIONS A SE POSER POUR BIEN IDENTIFIER

 

Quelle est sa silhouette ?

Elancée comme un Coulicou ?

Coulicou

Trapue comme une Sturnelle ?

Sturnelle

Comment est son bec ?

Effilé comme celui d'une Paruline ?

Paruline

Gros et court comme celui d'un Sporophile ?

Sporophile

Quelle est la forme de sa queue ?

Fourchue comme chez l'Hirondelle rustique ?

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Arrondie comme celle de l'Ani ?

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Quelle est la forme de ses ailes ?

Arrondie comme celle de la Buse ?

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Pointue comme celles du Faucon ?

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Comment vole t-il ?

En ondulant comme un Pic ?

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Vite et droit comme un Pigeon ?

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Sur place comme une Sterne ?

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Quel est son comportement ?

Hôche-t-il la queue comme le Chevalier grivelé ?

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Sonde-t-il la vase comme le Courlis ?

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Court-il le long du rivage comme le Bécasseau sanderling ?

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Quel est son habitat ?

Les Palmiers bâches comme le Tyran des palmiers ?

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La canopée de la forêt comme le Tyran à gorge blanche ?

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Rappelons que les tailles données dans les guides d'identification correspondent à la distance mesurée de la pointe du bec au haut de la queue, valeur qu'un oeil humain, même exercé, ne peut estimer avec précision.
Il est donc préférable pour l'observateur d'estimer une "taille relative". Ainsi, il faut prendre l'habitude de comparer la taille d'un oiseau inconnu à celle d'une espèce qui nous est familière (le Troglodyte familier, le Tangara évêque, le Tyran quiquivi, l'Anis des savanes...) de façon à pouvoir dire : « plus petit qu'un Tyran quiquivi, plus gros qu'un Tangara évêque » (l'oiseau considéré mesure alors entre 17 et 20 cm).
C'est ainsi que dans des bandes mixtes de limicoles, vous découvrirez, malgré leur ressemblance, le Grand et le Petit Chevalier ; cette méthode vous permettra encore de faire la distinction entre un Faucon à poitrine orangée et un Faucon des chauves-souris.
D'autres détails peuvent également être pris en considération pour affiner votre détermination : la silhouette, la forme des ailes, du bec, de la queue, le comportement de l'oiseau, son vol, son habitat... (voir illustrations ci-dessous).
Et si malgré tout cela, vous n'avez toujours pas identifié l'oiseau, sachez utiliser votre oreille pour le déterminer par sa voix.

La voix

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Outre le fait que le chant ou le cri sert à attirer un partenaire ou revendiquer un territoire, il permet également d'attirer votre attention (à condition de respecter certaines règles tel que pratiquer une progression lente et silencieuse entrecoupée de stations prolongées).
Des espèces secrètes ou nocturnes telles que buses, râles ou hiboux sont souvent entendues avant d'être vues.
La voix permet également une identification instantannée de certaines espèces et quelques ornithologues font 90% de leurs identifications à l'oreille. Le néophyte devra faire son apprentissage des chants et des cris avec des enregistrements (disponibles en CD), tout en sachant que rien ne remplace vraiment des observations répétées d'oiseaux en train de chanter ou de crier qui laissent des traces plus persistantes dans les mémoires. D'où la nécessité des irremplaçables sorties de terrain organisées par le GEPOG et accompagnées d'un guide expérimenté.
En dernier lieu, précisons que la voix peut devenir la seule et unique clé de détermination pour des espèces morphologiquement très proches ; citons par exemple le Limnodrome à long bec et son homologue à bec court, que seul le cris à l'envol permet de dissocier.
Si après avoir épuisé toutes les clés de détermination énumérées ci-dessus vous n'avez toujours pas identifié l'espèce que vous observez, alors reportez vous à la partie « Mention d'espèces rares » ! Rassurez-vous, peut-être n'avez-vous tout simplement pas su éviter les quelques pièges que vous réservent les oiseaux lorsqu'on s'aventure à les observer.

Les pièges

En effet, l'ornithologie pourrait vous sembler maintenant bien facile si la nature n'avait pas prévu quelques pièges dont aucun ornithologue n'est à l'abri.
Ces pièges liés à l'identification sont inévitables chez les débutants et menacent même les plus aguerris. Ils concernent essentiellement le plumage et ses couleurs. Il faut savoir que le plumage d'un oiseau est particulier à la saison, au sexe et à l'âge.
Les guides d'identification illustrent habituellement bien les différences de coloration quand elles existent entre mâles et femelles ainsi que les plumages de parade.
Mais un oiseau en mue, c'est-à-dire en plumage de transition, peut confondre même un observateur expert. Ainsi, les jeunes manakins mâles arborent parfois un plumage déroutant (vous faisant croire que vous êtes l'inventeur d'une nouvelle espèce) ; la jeune Aigrette bleue de deuxième année peut ressembler à un vrai damier ; la détermination de rapaces et de limicoles en mue peut devenir un véritable casse-tête !
L'appréciation des couleurs est parfois subjective et doit tenir compte de paramètres tels que les conditions d'éclairage, l'état du plumage, etc.
Un colibri à contre-jour ne vous livrera aucun secret ; les pattes jaunes d'un Grand Chevalier pourront vous paraître orange au soleil couchant.
Apprenez à utiliser l'environnement dans lequel vous observez afin de minimiser les erreurs.
Et rappelez-vous ceci : une bonne détermination résulte de l'observation d'un ensemble de caractères concordants et ne doit pas s'arrêter à quelques critères soulignés par le guide.
  - Vous avez observé en avril un Pluvier dominicain ? Ne s'agissait-il pas plutôt d'un Pluvier argenté ? Il faut garder en mémoire que le Pluvier dominicain n'est présent en Guyane qu'en septembre-octobre.   - Vous avez vu un Tyran quiquivi sur la piste de Saint-Elie ! Attention à la confusion avec le Tyran sociable qui est, à l'opposé de son cousin des villes, de moeurs forestières.
Pour identifier correctement et rapidement les oiseaux, il faut savoir quel(s) trait(s) de terrain caractérise(nt) quelle espèce. Rares sont les oiseaux qui demeurent sur place assez longtemps pour vous laisser le temps de consulter votre guide. Il est donc nécessaire de bien l'observer, d'en faire une description la plus précise possible afin de posséder tous les éléments qui permettront de le déterminer en toute objectivité. N'ayez pas honte de ne pas pouvoir nommer tous les oiseaux que vous voyez et n'hésitez pas à prendre contact auprès d'observateurs plus expérimentés.

Mentions d'oiseaux rares

Le nombre d'ornithologues amateurs étant en net progression en Guyane (en juger par le nombre sans cesse croissant d'adhérents au GEPOG !), il se pourrait que l'un d'entre vous soit un jour ou l'autre confronté à une espèce rare ou encore une espèce jamais observée en Guyane.
Cette donnée, outre la fierté que peut en tirer l'observateur, peut être d'un intérêt scientifique capital et doit être aussitôt mentionnée et confirmée si cela est possible.
Voici comment valider vos observations.
En premier lieu, il convient de prendre des notes détaillées à son sujet (et si possible des photos). De plus, la règle veut qu'au moins deux observateurs aient vu l'oiseau pour valider la donnée.
En tout état de cause, qu'il y ait doute ou certitude sur une espèce, contactez le GEPOG qui dépêchera un observateur pour parfaire la détermination.
Enfin, une fiche type d'homologation pour un certain nombre d'espèces rares ou d'identification délicate (voir la liste) est téléchargeable ici.

Matériel de terrain

LE CHOIX DU MATERIEL OPTIQUE
L'observateur expert laisse parfois son guide d'observation à la maison mais il ne peut jamais sortir sans ses jumelles, une pièce d'équipement essentiel pour tout ornithologue.
LES JUMELLES
Accessoire indispensable, la paire de jumelle prend peu de place, est légère et s'oublie vite autour du cou. En balades ou en randonnées, elle permet des observations rapides ou fugaces.
Avant tout, essayez si possible plusieurs modèles avant d'en acheter un : 7X40, 8X30, 8X40, 10X40.
En terme d'observation d'oiseaux, et de bas prix, les meilleures jumelles pour le débutant sont les 8X40. Le premier chiffre indique le grossissement (8 fois). Les grossissements supérieurs à 10 sont inutilisables pour des oiseaux en mouvement. Le deuxième chiffre qui figure sur les jumelles correspond au diamètre de l'objectif. Il conditionne la luminosité des jumelles.
En résumé, le bon choix se situe dans les gammes 8X40, 10X40 sans négliger le critère du poids. Le maniement efficace des jumelles vient avec la pratique et pensez que la qualité de l'image et le confort d'utilisation rendent plus agréables encore vos observations.
LA LONGUE-VUE
C'est avec les jumelles un outil que tout ornithologue se doit de posséder. Elle vous sera indispensable pour observer les oiseaux de rivage ou de marais lorsque le grossissement des jumelles devient insuffisant.
Avec des grossissements allant de 15 à 60 fois, la longue-vue est tout à fait adaptée à l'observation d'espèces ayant des distances de fuite importantes tels que les limicoles, rapaces, canards ne permettant pas une approche suffisante.
Le choix de la longue-vue se fait sur les mêmes critères que pour les jumelles (ouverture et grossissement) avec la possibilité d'opter pour un occulaire à grossissement variable (zoom) de 15 à 60 fois, avec également le choix de l'angle d'implantation (visée droite ou coudée) sur lequel peut s'adapter un appareil photo.
L'usage d'un trépied est indispensable pour une bonne stabilité, ce dernier ne doit être ni trop lourd (encombrant) ni trop léger (peu stable). En résumé, la longue-vue idéale possède un objectif de 60 mm, une visée de 45°, un occulaire 20X, voire un zoom de 15 à 40 fois.
Attention. Le pire ennemi de tout matériel optique est sans nul doute l'humidité qui favorise le développement de champignons sur les lentilles intérieures. Le climat de la Guyane étant particulièrement humide, il convient (si vous tenez à conserver votre matériel quelques années) après chaque utilisation de stocker votre matériel dans un récipient hermétique (touque par exemple) contenant du "silica gel", afin de vous éviter les dépenses très onéreuses qu'occasionne un nettoyage des lentilles.
COMMENT REGLER DES JUMELLES ?
Ces premiers réglages indispensables avant tout usage dépendent de votre anatomie crânienne et de votre vue.

1° Réglez l'écartement des deux lunettes par rapport à votre distance interpupillaire. Dans la bonne position, l'image devient unique. Repérez alors, sur l'axe central, la graduation correspondante (pour les futures utilisations).

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2° Fermez l'oeil de la lunette portant la bague de correction dioptrique (en position centrale). Faites maintenant la mise au point de l'autre lunette sur un objet précis (de préférence un panneau avec du texte) en tournant la molette centrale.

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3° Fermez maintenant l'autre oeil et réglez la netteté de la première lunette en tournant uniquement la bague de correction dioptrique. Repérez la graduation qui vous est propre.

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